Antiviraux, anticorps, thérapies cellulaires… La grande course aux traitements contre le coronavirus

Antiviraux, anticorps, thérapies cellulaires… La grande course aux traitements contre le coronavirus

Antiviraux, anticorps, thérapies cellulaires… La grande course aux traitements contre le coronavirus

Soixante essais en Chine, 49 aux Etats-Unis, 26 en France : toute la planète cherche d’arrache-pied un remède au coronavirus. Revue de détail pour y voir clair dans les travaux engagés, et les délais dans lesquels ils pourraient aboutir.

C’est un sprint mondial pour tenter de sauver des vies. Institutions, universités, laboratoires, industriels : pas une semaine sans annonce d’un nouvel essai clinique pour trouver un remède au coronavirus. La France en compte 26 déclarés, selon le recensement du site Finbold, en troisième position derrière la Chine (60) et les États-Unis (49). Comment neutraliser cette maladie à évolution longue? La première semaine, le virus se multiplie dans le corps, faute de réponse immunitaire. Puis entre sept et quatorze jours, l’état de certains malades s’aggrave, explique Florence Ader, des Hospices civils de Lyon : "Soit parce qu’il n’y a pas de réponse immunitaire, et le virus se multiplie jusqu’à la défaillance des organes ; soit parce que cette réponse immunitaire est trop forte."

D’où deux axes majeurs de recherche : freiner la multiplication du virus, ou moduler le système immunitaire (le stimuler ou le freiner). Une pluie de résultats est attendue ces prochaines semaines.

Le grand espoir des antiviraux


Leur objectif : ralentir la multiplication du virus dans l’organisme. Parmi les multiples essais antiviraux, le projet Discovery est mené dans sept pays européens. Coordonné par l’Inserm pour le consortium Reacting, il a débuté le 22 mars et inclura au total 3.200 patients, dont 800 en France. Le recrutement de 540 malades dans 25 centres hospitaliers hexagonaux a déjà eu lieu. Ils reçoivent aléatoirement l’un des trois antiviraux testés : le remdésivir (antiviral de Gilead), le Kaletra (combinaison des anti-VIH lopinavir et ritonavir d’AbbVie), associé ou non avec l’interféron bêta (immunomodulateur de Merck) ; ainsi qu’une quatrième molécule, l’antipaludique hydroxychloroquine, ajoutée in extremis à l’essai. Une première analyse aura lieu après quinze jours de traitement pour les 300 premiers patients. Des résultats sont attendus fin avril.

L’OMS, qui mise sur ces quatre médicaments probablement bénéfiques, non toxiques et disponibles, chapeaute Solidarity, une étude qui les expérimente dans 70 pays. Le remdésivir cristallise les espoirs. C’est la première molécule testée dans l’essai clinique fédéral américain. Depuis février, 400 patients ont été enrôlés. Une analyse préliminaire livrera des conclusions d’ici quelques semaines.





Développé contre d’autres virus comme Ebola (sans succès), cet antiviral a fait l’objet de tests sur des animaux contre le Mers et le Sras. Il pourrait être mis sur le marché dans les prochains mois. Son brevet étant protégé par son fabricant, Gilead, son prix n’est pas défini. Sans être approuvé par les autorités sanitaires, il est déjà administré à titre "compassionnel". Selon une étude (non comparative) sortie vendredi dans le New England Journal of Medicine, sur 53 patients hospitalisés l’ayant reçu, 68% montrent une amélioration clinique.

L’hydroxychloroquine à l’épreuve


La molécule star du professeur Raoult est testée dans une cinquantaine de pays. La dernière étude (non comparative) du Marseillais, dévoilée jeudi, porte sur 1.061 personnes positives avec peu ou pas de symptômes, ayant reçu de la chloroquine avec l’antibiotique azithromycine. Leur évolution à dix jours est le plus souvent favorable. Mais "sans groupe témoin, ces résultats ne permettent pas de valider, ni d’exclure, l’intérêt du traitement appliqué", pointe la revue Prescrire.

Lire aussi - Pourquoi la chloroquine pourrait lutter contre le Covid-19 et pourquoi il faut rester très prudent

La chloroquine et l’hydroxychloroquine ont été testées en labo contre le Sars, le Mers, Ebola, le chikungunya ou la grippe. L’infectiologue américain Andre Kalil avertit : ce qui réussissait dans l’éprouvette ne se retrouvait pas à l’extérieur. Sans parler des graves effets secondaires potentiels. En France, les mises en garde se multiplient à la suite de troubles cardiaques, dont certains mortels, signalés aux centres de pharmacovigilance.

Pour clore le débat, le CHU d’Angers a lancé le 1er avril l’essai Hycovid avec 36 centres hospitaliers, auquel participeront 1.300 patients non sévères. Il s’agira de répondre sans biais à la question : l’hydroxychloroquine a-t-elle, oui ou non, un impact chez les patients Covid à haut risque d’aggravation? Enfin, outre Discovery, l’hydroxychloroquine fait l’objet d’études à l’hôpital Saint-Joseph à Paris et au CHU de Strasbourg. Et, la semaine prochaine, l’AP-HP lancera Prep-Covid, un essai sur plusieurs centaines de soignants pour déterminer si la molécule prévient l’infection.

Moduler le système immunitaire


Au Danemark, en Chine, aux États-Unis ou en Italie, des essais sur l’homme évaluent l’effet de molécules sur l'"orage de cytokines" : cette poussée inflammatoire foudroyante survient chez les patients dont l’état s’aggrave. Leur système immunitaire passe en surrégime et attaque les organes, entraînant un syndrome de détresse respiratoire aiguë. L’un des projets phares de l’AP-HP, Corimuno-19, teste l’un après l’autre des médicaments pour calmer cette "tempête", comme des immunomodulateurs. Au bout de deux semaines, leur efficacité peut être jugée et les protocoles s’enchaînent.

Deux molécules contre la polyarthrite rhumatoïde (sarilumab et tocilizumab) ont déjà été testées sur 260 malades. Les données sont en cours d’analyse, pour de premiers résultats d’ici à deux semaines. Sanofi et la biotech américaine Regeneron, qui commercialisent le Kevzara (sarilumab), ont annoncé le 16 mars le lancement de tests de phases II à III sur des malades du Covid-19 en France, en Italie, en Espagne, au Canada et en Russie. Trois cents patients doivent être recrutés, pour une première étape de 60 jours. Jeudi, le géant Pfizer a aussi annoncé le début d’un essai clinique portant sur son anti-inflammatoire Xeljanz (tofacitinib).

L’aide des thérapies cellulaires


Éviter le syndrome de détresse respiratoire aiguë à l’aide de thérapies cellulaires? L’AP-HP a lancé le 2 avril à la Pitié-Salpêtrière l’étude Stroma-CoV2, dans laquelle des patients de réanimation reçoivent des cellules souches de cordon ombilical qui pourraient améliorer les cellules défaillantes. À ce jour, huit patients ont été inclus. La société australienne Mesoblast démarre cette semaine dans vingt centres américains un essai clinique sur 240 patients avec des cellules dérivées de la moelle osseuse, avec le soutien des National Institutes of Health.

Neuf malades d’un hôpital new-yorkais ont déjà reçu en urgence ce traitement en cours d’autorisation. Selon des médecins cités par le New York Times, la réponse est "prometteuse" : six patients ont pu se passer de ventilation, d’autres ont été sevrés ou sont restés stables.

L’apport des anticorps


L’idée est de booster l’immunité de patients hospitalisés en leur transfusant du plasma sanguin de malades guéris contenant des anticorps. C’est l’objectif de Coviplasm (AP-HP, Inserm, Établissement français du sang), lancé mardi. Les prélèvements ont débuté sur 200 convalescents. Pour l’heure, les plasmas sont préparés pour isoler et traiter les anticorps.

Soixante patients y participeront, avec de premières évaluations d’ici deux à trois semaines, avant un éventuel élargissement de l’étude. Cette thérapie par anticorps suscite aussi des recherches aux États-Unis.

Source: Le Journal Du Dimanche
Author Avatar

À PROPOS DE L'AUTEUR

Add Comments